Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
la pointe St Mathieu à pied

la pointe St Mathieu à pied

Voyage à pied réflexion pédestre carnet de route méditation la vie difficultés souvenirs plaisir

Carnet de Route N° 28

 

 

 

 

CARNET DE ROUTE N° 28

 

 

Hier, ma performance m’ a gonflé à bloc.

J ‘ai trouvé un Camping à la sortie de la ville. La gérante est agréable et répond pile en face des questions, sans prudence ni faux semblant. C ‘ est tellement rare ; elle me fait penser, par son attitude à une Québécoise. Ils sont comme ça les Canadiens, directs et sans détours.

Parfois, c’ est trop direct. Mais j’ aime bien la mentalité qui s’ exprime ainsi ; elle me paraît honnête,

on gagne du temps, on va droit au but.

C ‘ est l’ inverse du discours habituel Français où on se perd dans des considérations variées, des nuances inattendues et parfois même subtiles, des circonvolutions de la pensée, qui rendent la réponse inintelligible. Être obscur, c’ est ne pas être compris, donc c’ est être profond, intelligent en somme !

Dans le même ordre d’ idée, ce sont les raisonnements qui vont à l’ encontre du bon sens.

 

Je me demande s’ il n’ y a pas concordance entre l’expression orale et la Nation qui utilise cette langue. Cette prudence excessive dans le parlé, (alors que dire de l’ écriture ! ), ne traduit- elle pas la santé morale de notre Pays ? Un pays peureux ! Vive la paix et l’ amour ! Oui, certes, mais il y a aussi d’ autres valeurs. Et si vous mentionnez alors ces autres valeurs on vous suspecte de ne pas vouloir vous ranger dans le conformisme ambiant, votre pensée et donc votre personne, sera rejetée.

Je hais la pensée commune, les mouvements de foule, la lâcheté sous toutes ses formes.

Une société possède une force centrifuge puissante, et une force centripète non moins forte.

Pa vrai Socrate que j’ ai raison ?

Quand on dit : vive la paix et l’ amour, il me semble que l’ on prépare la guerre, ou plutôt les pires guerres. Voilà, c’ est dit.

 

Revenons à nos moutons :

le Camping est magnifique, quasi vide, je m’ installe loin des sanitaires. Les sanitaires sont propres, bien éclairés spacieux. La classe.

Les rares clients qui restent dans le camp sont dans des caravanes ou des camping-cars en rond autour des sanitaires justement.

 

Je dors bien, et il fait encore nuit quand je me lève. Je range, et tout d’ un coup, un bruyant bruit

d air au dessus de moi. Je lève la tête: rien. Bizarre . Une branche qui est tombée ? Mais il n’ y a pas de vent. Bon, on verra plus tard, et je continue à m’ affairer. Après quelques minutes, je découvre, sur le sol, à côté de moi un gros pigeon qui me regarde. Le bruit d’ air c’ était donc lui. Il est évident qu’ il me demande de l’ aide. Il se déplace très peu et en boitant. Il est blessé. Un plomb sans doute. Je n’ y peux rien, moi, et j’ en suis désolé. Je le lui explique doucement, je suis sincèrement navré. Je crois qu’ il m’ a compris et s’ en va lentement en sautillant, tout en me regardant, c’ est une insistance ou c’est pour prendre congé ?

Je suis ému, presque bouleversé de ne pas avoir pu répondre à un appel au secours aussi pathétique.

Et pourtant, je n’ aime pas trop les pigeons «  les rats du ciel » comme disait Céline.

Mais il y a un distinguo, entre les pigeons des villes et ceux de la campagne comme entre rats des villes et rats des champs.

« Fi du plaisir que la crainte peut corrompre ».

 

C. R. 28 1 / 4

 

Il me semble que je pense l’ inverse : le plaisir n’ est jamais aussi grand que lorsqu’il y a du risque.

A la réflexion, j‘en suis même sûr. Excusez moi M. De La Fontaine mais cette fable est contestable dans son message plus que sa morale, et de surcroît ne présente aucun intérêt. Je le dis avec conviction, mais humilité car je serais bien incapable d’ écrire un alexandrin.

 

 

Il est tôt quand j’ arrive à mon lieu de départ. Je suis frétillant. Ah ! 25 km ! Comment vais- je

m’ en débrouiller ? Hier, l’ Office de Tourisme m’ a dit que Marans- St Michel en L’ Herm faisait 25 Km par la piste cyclable. C ‘ était dit avec assurance, sans l’ ombre d’ une hésitation.

Me voilà donc à pied d’ œuvre.

Avec une certaine joie : allez on y va.

Sur le parking, pendant que je me prépare, un épagneul Breton zig zag au gré des odeurs. Visiblement, il est perdu et attend d’ être récupéré par son maître. Je ne me fais pas de souci pour lui, et prépare mon sac.

J’ ai rarement démarré si proche de mon départ. Le canal est : immobile, large, silencieux, désert,

Me voilà dans le Marais Poitevin. C ‘ est tout plat, agricole, de l’eau partout. On est presque au niveau de la mer ; alors les canaux sont munis d’ écluses qu’ on ouvre à marée basse et referme à marée haute pour éviter que la mer ne rentre dans les terres.

Le chemin longe le canal. On marche bien. Personne, aucune bicyclette, aucun piéton, aucun bateau. Pas de bruit de tracteur non plus. 8 Km tout droit.

J ‘ essaie de voir des animaux ou des poissons, rien.

En tout cas j’ avance rapidement.

Me voici aux écluses. Elles sont fermées. On traverse les canaux par des ponts qui découvrent des berges limoneuses. Le type qui tombe là, je ne sais pas comment il peut s’ es sortir. En glissant sur le ventre ?

Nous voilà sur la route, simple départementale, mais au trafic intense, et puis c’ est la fin des vacances.

Je poursuis l’ itinéraire fléché, il longe la route. C‘ est pas très sympa ; je me dis que ça ne va pas durer. Il faut de la patience.

Il m’ en faut plus que je pensais car 2 Km plus loin la piste abandonne la route et bifurque à angle droit sur la droite, vers mon départ. Qué passa ? Je reprends mon topo-guide , à ce coup, je chausse les lunettes.

Quel c… Plusieurs fois.

Il faut retourner au pont. Bravo Didier, tu es le plus fort.

Alors voyons : dans quel état vais je terminer ? 25 + 4 cela fait 29 km. Ce n’ est plus du tout la même chose.

Je fais demi tour et je recommencerai demain ? Brève hésitation.

Me revoici aux ponts, je cherche mon balisage, il y est : mais un peu caché.

Quel c…. ! Mais quel c…. !

 

Comment traverser la route avec cette circulation ?

Moins bête à ce coup-ci.

J ‘ aperçois de l’ autre côté des cyclistes. Par où vont- ils passer ? Ils disparaissent ; j’ attends, et les voilà à présent de mon coté. Il y a donc un tunnel qui passe sous la route.

Et me voilà, moi aussi de l’ autre côté. Le chemin est sur une digue en terre de 3 - 4 m. de hauteur, c’ est pour cela que je les voyais d’ en contre-bas, et 6 à 7 m de large. On voit toute la campagne, et notamment ces fermes incroyables avec des hangars métalliques, énormes, remplis de paille jusqu’ à la gueule. Visiblement les fermiers n’ habitent pas sur place. J’ imagine me faire un petit coin, dans ces bottes de foin. Diogène. Il faudrait l’ accord du fermier et en plus son tracteur, car ces bottes ne se tripotent plus à la main ou à la fourche.

C. R. 28 2 / 4

 

Je m’ imagine dans un trou, dans la paille 3m. de profondeur sur 2m. Ne rien faire et voir tomber la pluie, au chaud et au sec. D’ autant que le temps est menaçant et je n’ ai rien pour me protéger. Je voudrais aller jusqu’ au bout, d’ ailleurs comment faire pour écourter ? Alors, au moins, au stade où j’ en suis, arriver au but même si je suis trempé. Donc prévoir des haltes pour me reposer en s’ allongeant. Il faut absolument que je m’ allonges.

Depuis longtemps j’ ai fait mienne la devise : « qui veut voyager loin ménage sa monture. »

J ‘ en attribuais la paternité à La Fontaine mais il s’ agit de Racine en fait .

On est en pleine campagne, mais il faut chercher de tout côté pour trouver une place herbeuse.

Refusé par chaque côté de route, les salauds, je poursuis donc, de plus en plus lentement.

Stop, une petite digue et un trottoir sur lequel je peux rester assis. Au moins ça.

Si je mange, peut-être que cela va me redonner des forces ? Les deux boites de conserves que j’ ouvre sont dégueulasses. Je repars furieux, mais 500 m. plus loin, un endroit sympa, des haies, un petit canal, un peu d’ herbe, mon désir me reprend. Bon, voyons ? Il ‘ s’ agit là encore d’ une digue, mais petite, je veux dire pas large, alors d’ un côté, ce sont des immondices variés si on veut bien voir ce que je veux dire, et de l’ autre une pente herbeuse très courte avec forte déclivité. Je suis sûr de m’ endormir tout de suite. Oui, mais je ne veux pas me réveiller dans le canal. Comment faire pour m’ attacher à un arbrisseau qui m’ empêcherait de glisser ? Je cherche dans le sac et ne trouve rien de satisfaisant. J‘ essaie pourtant avec une petite cordelette.

Non, ça ne va pas.

Furieux, un peu plus, tout va mal aujourd’hui. Et pourtant cela avait si bien commencé. On est d’ autant plus mécontent que l’ on voit s’ en aller un espoir, immédiat, actuel, présent, juste, fondé, approprié, moral en somme.

Je poursuis donc en tirant la jambe. Au loin un bouquet d’ arbres sur ma droite, sur un très léger monticule. Je calcule par rapport à mon départ et ma vitesse présumée. Ce doit être St Michel.

Alors je vais y arriver ?

A mi parcours, de gros nuages, comme des rognons, espacés l’ un de l’ autre, de couleur indigo, me menacent. Tiens! Il doit pleuvoir là- bas. Et puis ils se déplacent, et est- ce assez sympa ? Ils sont toujours à côté et je ne reçois que de faibles gouttes. Reste le sress quand vous n’ avez rien pour vous protéger, ni blouson,ni parapluie, aucun arbre. Rien.

Au bout du compte, j’ arrive au scooter sans autre incident.

Alors : il faut que je sache combien j’ ai fait aujourd’hui. Donc retour en scoot par le même chemin.

Cela saute, mais c’ est bon pour remettre les muscles en place. Je reste dans mon interrogation, suis-je un héros ( à mes yeux ) ?

Non ! Au bout du compte seulement : 26 km.

Je suis un peu déçu. Et puis il y a un problème quelque part : 29 avec le correctif, ce n’ est pas : ni 25 , ni 26 . Enfin, il me semble !

 

Allez, on relit La Fontaine pris chez Wikipédia : ( j’ y ai laissé la «  morale » qui n’ est pas celle que j’ ai comprise et énoncée plus haut).

 

Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
À des reliefs d'Ortolans.
Sur un tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis :
Je laisse à penser la vie

Que firent ces deux amis

C.R. 28 3 / 4

 

Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête,
Pendant qu'ils étaient en train.

À la porte de la Salle
Ils entendirent du bruit ;
Le Rat de ville détale,
Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
« Achevons tout notre rôt.

— C'est assez, dit le Rustique ;
Demain vous viendrez chez moi ;
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi.

Mais rien ne vient m'interrompre ;
Je mange tout à loisir.

Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre
. »

— Jean de La Fontaine, Fables de La Fontaine, Le Rat des villes et le Rat des champs

Moralité

La fable peut être comprise comme une comparaison entre la vie tumultueuse du « monde » et la tranquille solitude, ce qui peut être pris par un gentilhomme, dans le contexte de l'époque et l'esprit des fables de La Fontaine, comme une comparaison de la vie mondaine à la Cour et la vie retirée sur ses terres de province.

Cela me semble un peu court. Pas vrai les profs de Français ?

 

 

 

 

C. R. 28 4 / 4

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article